Les fossoyeurs de l’intérieur

 

Peut-être avez vous entendu parler du projet Info 2015. Pour faire simple c’est un projet de fusion des rédactions nationales de France 3 et de France 2 .Dans notre jargon les bleus ( couleur France 3 ) et les rouges ( couleur France 2) .

Ce projet initié par le directeur des rédactions sous la présidence de Rémy Pflimlin est massivement refusé par les journalistes de la rédaction parisienne de France 3.

Basé uniquement sur la maitrise des coûts, il nie toute autonomie éditoriale des deux rédactions , au profit d’une seule , celle de France 2.

Un projet qui nous dit-on s’inspire de Radio-Canada, de la RTBF , ou encore de la BBC.Seulement comparaison n’est pas raison puisque ces groupes audiovisuels ont fusionné leurs activités radio, télé, et numérique, alors qu’en la matière en France ce sont bien deux médias identiques qu’on voudrait rapprocher, fusionner avant la disparition de l’un des deux.

Un non sens éditorial au regard des identités des deux chaînes. France 2, chaine généraliste ,et France 3 chaine nationale à vocation majoritairement régionale. Avec ses défauts, certes , les journaux des bleus sont construits sur une triple logique « locale /régionale/nationale », le tout décliné entre 12H et 13H et entre 19H et 20 H. Des tranches qui ont su trouver leurs publics , avec des variations au fil du temps mais qui restent des moments privilégiés pour les téléspectateurs. Sans oublier bien sur le Grand soir 3, seul rendez vous d’information d’ 1 heure sur le service public, en dehors des émissions de débats.

Pendant ce temps là, en quête d’un access-prime time la grand-messe du 20 heures de France 2 , peine pour ne pas dire plus, à atteindre son objectif. Concurrencer le 20H de TF1.

Alors pourquoi fusionner deux rédactions plutôt que d’essayer de redéfinir des lignes éditoriales claires.
Mettre des moyens techniques en commun c’est déjà fait !
Uniformiser les matériels c’est déjà fait !
Rationaliser les organisations techniques c’est déjà fait !
Mais cela doit s’arrêter là.Les journalistes de ces deux rédactions doivent pouvoir ponctuellement travailler ensemble , mais pour leurs chaines respectives ,avec leurs angles ,leurs tons ,leurs écritures ,leurs styles .

Uniformiser le traitement de l’information serait à coup sur une défaite pour les rouges et les bleus.

Je défends le partage, et je m’oppose au pillage que veut mettre en place l’actuelle équipe dirigeante .Un partage entre les chaines, pour être plus fort, sur des évènements majeurs, c’est nécessaire dans le paysage concurrentiel actuel .Mais pour le reste respecter les identités de chaque rédaction est une question de survie, l’inverse serait une mise à mort consciente de l’information sur la 3. Elle fragiliserait l’ensemble du réseau et, de fait, aurait un impact économique définitif au regard des rentrées publicitaires majeures autour de la tranche régionale et nationale du 19/20.

 Si ma candidature trouvait une fin heureuse, alors oui je mettrais fin à ce projet funeste d’INFO 2015.

 

Carolis suspend son activité sur France 3 – Lemonde.fr

 

L’ancien président-directeur général de France Télévisions Patrick de Carolis, récemment mis en examen pour « favoritisme » dans l’enquête sur des contrats passés entre le groupe audiovisuel et la société de communication Bygmalion en 2008, a annoncé, jeudi 5 juin, qu’il suspendait son activé sur l’antenne de France 3.

« Mis en cause de façon totalement injustifiée à l’occasion des prestations réalisées par la société Bygmalion au profit de France Télévisions et dans l’attente de ma mise hors de cause définitive, j’ai décidé de suspendre mon activé à l’antenne de France 3 le temps de défendre mon honneur. »

« Je ne renouvellerai donc pas mon contrat de présentateur de “Des racines et des ailes”, émission que j’ai créée en 1997, et interromprai la production et la présentation du magazine “Le Grand Tour” à la fin de l’année », écrit M. de Carolis, qui a dirigé le groupe public de 2005 à 2010. Il explique que cette décision, motivée « par le profond respect » qu’il porte aux téléspectateurs et au service public, a été prise en concertation avec France Télévisions.

FRAIS DE CAMPAGNE DE NICOLAS SARKOZY

L’information judiciaire porte sur des contrats passés par France Télévisions avec plusieurs sociétés. A partir de 2008, le groupe présidé par Patrick de Carolis avait notamment signé des contrats avec Bygmalion, la société fondée par Bastien Millot, lui aussi mis en examen le 11 avril.

L’ancien dirigeant de Bygmalion a été jusqu’en 2008 directeur délégué de la stratégie à France Télévisions, auprès de Patrick de Carolis, d’où les soupçons de favoritisme. M. Millot avait pris un congé sabbatique en 2008, suivi d’un congé pour création d’entreprise, avant de quitter définitivement France Télévisions en 2010.

De l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy aux hommes de l’ombre chargés d’organiser sa campagne présidentielle en 2012, l’affaire Bygmalion implique une myriade d’acteurs, avec au centre de la toile le président déchu de l’UMP Jean-François Copé.

Fondée par des proches de M. Copé, Bygmalion a pour filiale Event&Cie, qui fait aujourd’hui l’objet d’une enquête préliminaire pour faux, abus de biens sociaux et abus de confiance en raison des montants astronomiques qu’elle a facturés à l’UMP et au président candidat en 2012.

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Réagissant au communiqué de Patrick de Carolis, Véronique Marchand, secrétaire générale du SNJ-CGT de France Télévisions s’est félicitée de sa décision.

« Dans le doute, Carolis s’abstient, c’est le moins qu’on pouvait attendre. Il aurait pu y penser bien avant. Le service public a trop servi de vache à lait à des producteurs privés depuis le dévoiement des décrets Tasca [qui obligent les chaînes à dépenser une part de leur chiffre d’affaires dans des commandes à des producteurs indépendants]. On dénonce l’opacité depuis longtemps, la transparence doit être la règle.

Pour le SNJ-CGT, que l’ex-patron de FTV continue avec sa boîte privée à produire et présenter pour une émission de grande écoute de la chaîne qu’il a dirigée posait problème.

De plus, en ces temps troublés par le populisme, le service public doit être particulièrement vertueux.
On attend plus que jamais que la direction de France Télévisions, que la CGT a interpellée, s’exprime dans cette affaire. »

 

De son côté, Raoul Advocat, l’un des délégués centraux du Syndicat national des journalistes (SNJ) regrette qu’il ait fallu « plus d’un mois (…) pour qu’il y ait une réaction de l’entreprise ».

 

« Au-delà du cas de Carolis, cela pose la question d’un système relativement pervers, avec des animateurs producteurs et beaucoup de contenus produits en externe. Il y a un mélange des genres entre service public et entreprises privées, cela peut favoriser ce type de dérives. Peut-être aurait-il fallu adapter les décrets Tasca ou s’interroger sur le système actuel, qui pose problème. »

 

Carolis passe son grand tour – Libération

 

 

«J’ai décidé de suspendre mon activité à l’antenne de France 3 le temps de défendre mon honneur.» Ainsi l’ancien président de France Télévisions, Patrick de Carolis, annonce-t-il jeudi soir dans un communiqué qu’il renonce à Des racines et des ailes ainsi qu’au Grand tour, qu’il présentait sur la Trois. Et ce à la suite de sa mise en examen par le juge Van Ruymbeke pour «favoritisme» dans l’autre affaire Bygmalion, celle qui concerne des contrats octroyés par France Télévisions à Bastien Millot à partir de 2008. Et surtout à la suite des révélations du Point: Carolis a touché, entre 2011 et 2012 la coquette somme de 119500 euros de la part de Bygmalion. Un fort parfum de rétrocommission. Patrick de Carolis, qui a annoncé sa volonté de porter plainte contre l’hebdo, s’estime «mis en cause de façon totalement injustifiée».
Cette décision, explique Carolis, «a été prise en accord avec France Télévisions». Sauf que non. Selon nos informations, c’est le président actuel, Rémy Pflimlin, qui a pris la décision de se passer des services de Carolis. Une volonté de tenter de déconnecter l’affaire Bygmalion de France Télévisions.
Ce volet de l’affaire Bygmalion est né d’une plainte du SNPCA-CGC, un syndicat de France Télévisions. En 2008, Bastien Millot, alors directeur général délégué du groupe public se met en disponibilité afin de lancer son entreprise, Bygmalion. Laquelle se met aussitôt en affaire avec… France Télévisions! Pour diverses prestations (discours, e-reputation, courrier des téléspectateurs, etc) qui seront ensuite contractualisées mais sans appel d’offres… Au total, Bygmalion touchera 1,2 million d’euros du groupe public jusqu’en 2013.
C’est-à-dire trois ans après le départ de Carolis et l’arrivée de Rémy Pflimlin à la tête de la télé publique. En effet, si Pflimlin a renoncé à plusieurs contrats avec Bygmalion, s’il a demandé, à son arrivée, à Millot de démissionner de France Télévisions (il était en disponibilité mais toujours officiellement salarié), deux contrats ont été renouvelés (l’un sur la e-réputation de France Télévisions, l’autre sur le courrier des téléspectateurs), soit, au total, 300000 euros.
Outre celle de Patrick de Carolis, l’enquête menée par le juge Van Ruymbeke a notamment abouti à la mise en examen de Camille Pascal, secrétaire général de France Télévisions sous son règne. Devant le juge, lors d’une confrontation, Carolis a chargé Camille Pascal, au grand désarroi de ce dernier qui affirme n’avoir fait qu’exécuter les ordres de signer des contrats avec Bygmalion. Martin Ajdari, ancien secrétaire général de France Télévisions sous Rémy Pflimlin, a été entendu mais avec le statut de « témoin assisté ».
L’affaire s’est encore envenimée avec les révélations du Point selon lesquelles Carolis a touché les fameux 119500 euros de Bygmalion en 2011 et 2012. Pour services rendus? Carolis a expliqué par voie de communiqué qu’il s’agissait là d’une mission de conseil en vue de la création d’une télévision locale. Mais il faut croire que l’affaire commençait à sentir trop mauvais pour Rémy Pflimlin qui a préféré se passer de Patrick de Carolis.
 

France 3. « On se sent comme la cinquième roue du carrosse » – L’Humanité

Alors que les propositions sur l’avenir de France 3 Régions faites par Anne Brucy devraient tomber dans les jours qui viennent, les salariés du bureau de Montpellier s’inquiètent du manque de perspectives.

Montpellier (Hérault), envoyée spéciale. Dans les têtes ou sur les murs, où sont placardés les articles titrant sur leur situation, l’avenir de France 3 Régions qui se dessine au siège de France Télévisions hante les soixante techniciens et quarante-cinq journalistes du bureau de Montpellier. Deux mots reviennent avec insistance: « gâchis » et donc « frustration ». « On possède un outil formidable, mais quand on voit ce qu’on en fait… on pleure, nous dit un journaliste, attablé à son poste. La qualité n’est plus le critère. On fait du remplissage. » Les moyens, ils les ont, assurent-ils tous. Ils leur permettent même de bénéficier d’un studio de plus d’un million d’euros et d’une vingtaine de caméras. Le hic? Le manque de créneaux horaires et donc de confiance et d’autonomie. De mois en mois, rediffusions et invités en plateau ont remplacé leurs magazines.

« Bateau à la dérive »

Et, à quelques jours du rendu du rapport d’Anne Brucy, il y a comme un air de désenchantement. Surtout lorsqu’ils entendent Thierry Langlois, PDG de l’antenne démissionnaire en avril, invoquer que « France 3 est une chaîne nationale à vocation régionale ». « On sent bien qu’on est la cinquième roue du carrosse », souligne Thierry Will, délégué syndical SNJ. Les JT régionaux contribuent en bonne partie à l’audience de France 3. Alors, à Montpellier, on comprend mal ces contradictions. « Heureusement que l’on garde la passion de la locale. Je n’ai pourtant jamais vu autant de journalistes désireux de partir », nous dit Émilien, qui parle de « bateau à la dérive ». « Qu’on considère déjà que France 3 n’est pas le boulet du groupe, souligne, quant à elle, Sandrine. On nous fait culpabiliser du prix des déplacements, de la monopolisation d’un technicien pour deux jours de tournage… alors on fait tout au minimum, mais ça ne colle pas à notre métier. »

À trop vouloir rivaliser avec France 2, France 3 perd de son identité et donc de sa légitimité, selon les journalistes. Arrive alors un sentiment général d’une mort à petit feu orchestrée par la direction pour plomber les audiences et avoir un prétexte pour couler la boîte. « On a une vraie mission: montrer cette France qui souffre que l’on connaît car on vit, on travaille, ici. Servonsnous de ce réseau de journalistes de terrain pour réaliser des sujets avec d’autres rédactions », propose son confrère Alexandre. Tous ont la sensation d’être la « variable d’ajustement » du groupe, selon Thierry Will, depuis la suppression de la publicité et la baisse des budgets. Ça passe par les non-remplacements mais aussi par la fermeture des rédactions locales pendant les vacances scolaires, les ponts… y compris pendant le premier tour des municipales. « Il a fallu que l’on bataille pour faire comprendre que ce n’était pas envisageable! » s’indigne Thierry Will. Les problèmes de financement, les salariés ne les nient pas. Seulement, « on déshumanise la gestion des salariés », regrette-il. « On a maintenu dans la précarité pendant des années six CDD et, parce qu’on fixe un jour l’objectif “zéro CDD”, la direction les lâche », s’insurge le syndicaliste. Prochaine échéance test : la vague de nouveau matériel qui déterminera « où se placeront la pérennité et l’ambition de la chaîne », juge un cadre technique de la maison. Et là, le spectre du journaliste « à la BFM », avec l’idée de polyvalence, entre en jeu. Une perspective qui n’augure rien de bon non plus du côté des monteurs. Pour Laurence, c’est une « remise en cause complète » de son métier qui consiste à « apporter un recul », étant « le premier spectateur du reportage ». « On ne voit pas où on en est, ni où on veut aller », ajoute sa collègue Béatrice. Au final, le sentiment d’«asphyxie» prend le dessus, disent-elles.

Audrey Lassouarn

Quel avenir pour la chaîne ?
Rapport ministériel. Aurélie Filippetti a commandé un rapport à Anne Brucy, sur l’avenir de France 3, qui devrait engager la chaîne pour les prochaines années.

 À quoi sert France 3 ? Les dirigeants de France Télévisions et les ministères de la Culture successifs ne cessent de se poser la question, sans véritablement trancher. Est-elle encore une chaîne « régionale » ? Que recouvre ce mot ? Surtout lorsque lesdits programmes se résument, ou presque, aux éditions locales et régionales des journaux télévisés ? En octobre dernier, la ministre de la Culture et de la Communication, Aurélie Filippetti, a commandé une mission à Anne Brucy, ex-directrice de France Bleu et de France 3 Nord-Pas-de-Calais-Picardie. Objectif : donner une nouvelle feuille de route à France 3, en prévision du prochain contrat d’objectifs et de moyens (COM), qui démarre en 2015. Le rapport devrait être rendu public très prochainement.

Pourquoi ce rapport ? Le 10 octobre dernier, le député Stéphane Travert, dans un rapport de la commission des Affaires culturelles, dénonçait « l’absence totale de projet éditorial de France Télévisions pour France 3, et en particulier son offre régionale, et l’absence totale de ce que doit être une chaîne régionale et de proximité ». Il pointait du doigt le coût de ces programmes régionaux : tardivement exposés, ils représentent 11,5 % de la grille nationale de France 3 et pompent 50 % de ses moyens. La faute à un organigramme trop fourni, dirigé par Paris ? La ministre a déjà annoncé que, plan d’économies oblige, tout remaniement de la politique de France 3 se ferait à moyens constants.

L’information, marqueur identitaire de France 3

Thierry Langlois, PDG démissionnaire en avril dernier de France 3, a réussi à enrayer la chute d’audience de la chaîne nationale et à la stabiliser autour de 9,5 % de part de marché. En imposant, aussi, des programmes, à « vocation régionale »… mais décidés de Paris : Des racines et des ailes, Thalassa revisité, ou Midi en France. Un seul hic : ces programmes sont confiés à des boîtes de production extérieures et non fabriqués en interne. Idem pour la fiction ; jusqu’ici, on tournait des histoires en province, mais qu’importe le lieu. Désormais, la notion de territoire prend en compte une dimension régionaliste affirmée, comme dans la série des Meurtres à Rocamadour, Rouen, Saint-Malo… ou dans une série comme le Sang des vignes. Reste l’information. Le marqueur identitaire, par essence, de France 3. Journalistes et techniciens se sentent sacrifiés. On leur demande déjà, dans le cadre de l’entreprise unique, de faire cause commune avec France 2 sur nombre de reportages. Plan d’économies oblige, mais au mépris de l’identité de chaque chaîne. Il est même demandé aux journalistes de jouer l’homme-orchestre : réaliser une interview, tenir le micro, remplacer le perchiste et monter. Aux dépens de la qualité.

Caroline Constant

Bygmalion / France Télévisions : histoire d’une rencontre – France Culture

Pendant que l’affaire Bygmalion continue de secouer l’UMP, l’autre volet de l’affaire, concernant France Télévisions, suit son cours… judiciaire.

Chargé d’une information judiciaire qui porte notamment sur des faits de favoritisme, et de prise illégale d’intérêt, le magistrat Renaud Van Ruymbeke cherche à savoir dans quelles conditions France Télévisions a signé plus d’un million d’euros de contrats avec la société Bygmalion, sans mise en concurrence. Et ce, alors que le fondateur de la bienheureuse entreprise, Bastien Millot était encore salarié de France Télévisions pendant une partie des contrats. Des liens plus que privilégiés qui ont conduit à la mise en examen de Patrick de Carolis, ancien PDG de 2005 à 2010, et Bastien Millot.

Mais si la route des deux hommes s’est croisée, c’est grâce à un troisième protagoniste qui a passé cinq ans à la direction de la télévision publique.

Patrice Duhamel, trait d’union entre Patrick De Carolis et Bastien Millot

A la fin de l’année 2004, Patrice Duhamel envisage sérieusement une candidature à la présidence de France Télévisions, pour succéder à Marc Teissier, dont le mandat expire à l’été 2005.
Mais faute de soutien politique, il jette l’éponge, et finit de convaincre Patrick de Carolis, son ami de toujours, de se porter candidat. Ce dernier profite des contacts noués par Patrice Duhamel au cours des mois précédents. En effet, l’homme de médias, passé par TF1, le Figaro, Radio France, RMC, a rencontré une trentaine de personnalités de la télévision publique : journalistes, syndicalistes, producteurs. Et parmi ces rencontres, il y a un certain Bastien Millot.
Mais pourquoi s’adresser à un homme de 33 ans qui est à l’époque directeur adjoint du cabinet de Jean-François Copé au ministère du budget ?Bastien Millot se dit « passionné de télévision », et accessoirement il dispose d’un carnet d’adresses très étoffé, notamment dans les plus hautes sphères du pouvoir.

Selon Patrice Duhamel, c’est pendant cette période de réflexion et de rencontres entre l’automne 2004 et le printemps 2005, qu’il fait la connaissance de Bastien Millot, mais ce dernier situe leur rencontre « bien avant », par l’intermédiaire d’amis communs, dont la femme de Patrice Duhamel, journaliste à France 2, qu’il connaît « depuis 1997 ».

Devant le juge, Patrick De Carolis explique que Patrice Duhamel et Bastien Millot ont eu « des relations auparavant ».

 Au printemps 2005, Patrice Duhamel est présent lors la première rencontre Carolis-Millot. D’ailleurs, il sera présent lors des trois ou quatre rencontres qui visent à préparer la candidature de Patrick de Carolis.
Auditionné par le juge, le présentateur du magazine « Des racines et des ailes » explique que ces rencontres étaient « informelles » et visaient à établir des « clés de langage ».

Une fois élu PDG de France Télévisions en 2005, Patrick de Carolis nomme Patrice Duhamel numéro 2 : il est chargé notamment des programmes au sein du groupe. Bastien Millot fait également partie de l’aventure au sein de la télévision publique, en tant que numéro 3, chargé de la communication et directement rattaché au président.

Ce n’est pas le seul membre de cabinets ministériels qui sera débauché par Patrick De Carolis : Damien Cuier, conseiller de Nicolas Sarkozy et de Jean-François Copé lors de leurs passages au ministère de l’économie, des finances et du budget fait partie du voyage. Il prend le poste de directeur de cabinet, avant de devenir, en 2007, le directeur général délégué à la gestion, aux finances et aux ressources humaines. Le « club des 5 » est complété en 2006 par l’arrivée de Camille Pascal, arrivé du cabinet de Dominique Baudis, alors président du CSA.

Aujourd’hui, Patrick de Carolis, Bastien Millot et Camille Pascal sont mis en examen. Damien Cuier a été placé sous le statut de témoin assisté. Et Patrice Duhamel n’est, aujourd’hui, pas concerné par l’affaire.

Bastien Millot et Patrice Duhamel

 En 2008, Bastien Millot prend un congé sabbatique pour créer son entreprise : Bygmalion.
Au début de l’année, les relations entre Patrick de Carolis et le président de la République deviennent exécrables : Nicolas Sarkozy vient d’annoncer la suppression totale de la publicité sur les chaines du groupe, sans prévenir le principal intéressé. Tout le monde pense alors que Patrick De Carolis va démissionner. Certains membres de la direction de l’époque font le rapprochement entre ce climat tendu, et la prise de distance de Bastien Millot avec France Télévisions. En fondant Bygmalion, il tente sa chance dans le privé, mais tout en restant assez proche de France Télés et de ses dirigeants pour profiter de centaines de milliers d’euros de contrat entre 2008 et 2013.

Fidèle, Patrice Duhamel reste aux cotés Patrick de Carolis, son ami, et restera à ses côtés, jusqu’à la fin du mandat en 2010.

 Patrice Duhamel et Bastien Millot se sont retrouvés face à face en avril 2012 sur Europe 1, dans des rôles bien différents de l’époque. Dans l’émission, Patrice Duhamel était invité pour la sortie d’un livre et il se faisait tirer le portrait par un chroniqueur : Bastien Millot. Extrait…

 « C’est surtout dans le service public que vous avez sévi : à la Deux, à la Trois, puis en compagnie de votre acolyte Patrick De Carolis en réussissant un joli hold-up à la tête de la holding France Télés »

 Bastien Millot semble oublier qu’il a également participé à ce « hold-up ».

 Damien Cuier et Camille Pascal

Camille Pascal a été mis en examen pour favoritisme le 25 mars 2014. C’est en effet lui, en tant que secrétaire général qui a signé les contrats avec Bygmalion, notamment ceux portant sur la e-réputation et les réponses aux courriers et mails des téléspectateurs. Mais devant le juge,  Camille Pascal s’est défendu en expliquant qu’il avait eu les garanties de Damien Cuier, directeur général délégué aux finances et aux ressources humaines, sur trois points :
La relation commerciale entre France Télévisions et Bygmalion, alors que Bastien Millot était toujours salarié du groupe public. Le montant des contrats. Et la mise en concurrence des prestations.

Sur ce dernier point, Damien Cuier rassure Camille Pascal sur le fait que des prestations avaient fait l’objet de mise en concurrence, et que pour l’une d’elles, la société de communication de Patricia Goldman avait postulé. Ce que l’intéressée dément formellement à nos confrères du Canard enchainé (28 mai).
Concernant l’identité des personnes chargées de négocier les contrats avec Bygmalion et leurs montants, Camille Pascal a expliqué qu’il s’agisssait de « soit de Patrick de Carolis, soit de Damien Cuier ».

Petit à petit, le juge d’instruction Renaud Van Ruymbeke semble dérouler le fil des responsabilités, sans oublier au moins une autre affaire dans l’affaire, à savoir la signature de contrats avec des cabinets de conseils pour des millions d’euros.

 Abdelhak El Idrissi : – source : France Culture

Dites-moi où est le pouvoir ?

Soyons clairs , il n’est pas question ici d’en appeler à l’interventionnisme des années Peyrefitte. Mais plutôt de dénoncer le « laisser aller » après le « laisser faire » .

Oui, France Télévisions est à la dérive .

Elle abîme des centaines de précaires , elle affaiblit ses salariés permanents, elle met en péril l’avenir de l’entreprise, elle pêche par manque de réelle stratégie , elle donne de multiples mauvais exemples en terme de diversité, d’égalité femmes/hommes , de dialogue social ,et de management plus brutal qu’autre chose .

Sans oublier , l’affaire qui touche ses anciens dirigeants comme les actuels. Bygmalion et les soupçons de favoritisme salissent l’image de notre entreprise où la définition du service public est pour moi associée à celle de l’exemplarité .

Alors cette missive sous forme de billet dans ce blog est un appel à l’aide .

Que fait le gouvernement en la matière ? Rien de plus que ce que nous dénoncions sous l’ère Sarkozy, affaiblir, oublier, nier ce que nous sommes .

Par un abandon de nouvelles solutions pour stabiliser  France Télévisons financièrement .

Par un abandon au regard de la situation psychologique fragile dans laquelle se retrouve bon nombre de salariés, et de nombreux rapports l’attestent .

Par un abandon de ceux qui s’opposent à des projets funestes, que nous dénonçons et que je dénonce, comme la fusion des rédactions nationales de France 2 et de France 3.

Par un abandon de France 3, en confiant sans ambition une mission à Anne Brucy dont nous attendons toujours les conclusions, à l’heure d’ailleurs d’une possible réforme territoriale qui pourrait, pourquoi pas, toucher notre réseau régional .

Alors oui, Madame Filippetti, Messieurs Hollande et Valls , ceci est pour vous : un appel pour connaître enfin votre projet pour l’audiovisuel public, en général et pour France Télévisions, en particulier .

Certes le mandat de l’équipe actuelle va jusqu’au milieu de 2015 .
Certes vous avez d’autres chats à fouetter, perdus que vous êtes dans les profondeurs de l’impopularité et affaiblis encore un peu plus par des catastrophes électorales à répétition .

Mais pour autant un projet pour la télévision publique n’est pas accessoire , que ce soit pour nous salariés, journalistes techniciens et administratifs, mais aussi pour le public, téléspectateur assujettis ou non à la redevance .

Il est temps, ma candidature a aussi pour but de vous interpeller, voilà qui est fait .